Ralliez-vous à mon panache bleu

vendredi 20 avril 2018

Loi "Asile et immigration" : beaucoup de bruit pour rien




Il parait qu’en ce moment les esprits s’échauffent au Parlement au sujet du projet de loi « Asile et immigration ».

On se demande bien pourquoi.

Tous ces braves gens pensent-ils réellement que le texte qu’ils vont voter va changer quoi que ce soit d’important à la situation actuelle ? Pensent-ils vraiment que cette loi va modifier substantiellement, dans un sens ou dans l’autre, les flots migratoires qui se déversent sur la France ? Ou bien s’agitent-ils seulement pour la galerie, pour justifier aux yeux du bon peuple leur fonction et leurs émoluments ?

Dans le second cas ils seraient simplement hypocrites. On a l’habitude. Dans le premier cas ils sont soit sérieusement ignorants (et coupables d’être ignorants, car leur fonction comporte le devoir de s’informer sérieusement sur les sujets qu’ils traitent), soit idiots.

Sur ce dernier point vous pensez que cette hypothèse est fantaisiste ? Que celui qui n’a jamais entendu parler Christophe Castaner me jette la première pierre.

Voilà déjà un bout de temps que la France a perdu la maitrise de sa politique migratoire. En fait, elle l’a perdu  le 3 mai 1974, le jour où elle a ratifié la Convention Européenne des Droits de l’Homme, même si les effets de cette ratification ont mis un certain temps à se faire sentir.

Depuis ce jour fatal où nos gouvernants ont jugé bon de passer la tête sous le joug de la CEDH, le législateur français est, dans un grand nombre de domaines, devenu à peu près semblable à un caniche que l’on promène au bout d’une laisse, et qui fait là où on l’autorise à faire.

Sur la plupart des questions régaliennes, nos gouvernants ne se meuvent plus désormais qu’à l’intérieur d’un cercle devenu très étroit, au fur et à mesure que la Cour de Strasbourg raccourcissait la laisse et assujettissait la muselière.

Je vous la fais courte, et le moins technique possible.

L’article 3 de la CEDH prohibe les « traitements inhumains et dégradants ». Fort bien, me direz-vous. Sauf que lesdits « traitements inhumains et dégradants » sont ce qu’il plaira à la Cour d’appeler comme tel, et qu’il lui a plu de considérer de plus en plus de mesures comme « inhumaines et dégradantes ». En fait, toute mesure de coercition est éminemment suspecte aux yeux des juges de la CEDH, et il serait à peine exagéré de dire que, chaque fois que les pouvoirs publics emploient la force physique pour contraindre un individu, il y a, pour la Cour, présomption de traitement inhumain et dégradant.

Songez que, par exemple, la Cour a jugé contraire à l’article 3 le seul fait de placer un prisonnier en fauteuil roulant dans une cellule à la porte trop étroite pour laisser passer le fauteuil. Dans cet arrêt la Cour a pourtant reconnu les efforts considérables déployés par l’administration pénitentiaire pour s’adapter aux besoins particuliers de ce prisonnier. Elle reconnait aussi que celle-ci n’avait à aucun moment l’intention d’humilier ledit prisonnier, et cependant elle estime que le simple fait d’être détenu dans une cellule qu’il ne pouvait quitter sans l’aide des surveillants a violé l’un de ses droits fondamentaux…

Autant dire que, pour un gouvernement, contraindre des étrangers qui se trouvent sur son territoire à le quitter devient très compliqué dans ces conditions. Toute action coercitive risque d’entrainer à posteriori une censure de la CEDH, que ne se font pas faute de saisir à tour de bras les associations immigrationnistes (et financées largement par nos impôts) type GISTI ou Cimade.

Au nom de l’article 3, la CEDH va également interdire l’expulsion de nombre d’étrangers, au motif qu’ils risqueraient des « traitements inhumains et dégradants » dans leur pays. Vous voulez expulser vers l’Algérie un terroriste notoire ou bien un imam salafiste qui prêche ouvertement la destruction des mécréants ? Oubliez ça. L’exquise sensibilité des juges de Strasbourg ne saurait souffrir une telle perspective.

L’article 8 de la CEDH dispose que "toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance". Fort bien, me direz-vous. Mais au nom de cet article, la CEDH a rendu progressivement inexpulsables des catégories de plus en plus larges d’étrangers, au motif que les renvoyer dans leur pays d’origine porterait une atteinte « disproportionnée » à leur « droit à une vie familiale ». Désormais la Cour considère que l’article 8 englobe même les étrangers célibataires et sans enfants lorsqu’ils n'ont plus d'attaches avec leur Etat d'origine… Comme Humpty Dumpty dans Alice au pays des merveilles, les juges de la CEDH pourraient affirmer : « lorsque nous utilisons un mot – comme par exemple le mot « vie familiale » ou « traitement inhumain et dégradant » - il signifie exactement ce que nous voulons lui faire dire, ni plus ni moins. »

La Cour de Strasbourg ne se cache d’ailleurs nullement d’avoir une « interprétation évolutive » de la Convention qu’elle est censée faire appliquer. Les arrêts de la Cour reposent ainsi sur l’idée que la Convention Européenne des Droits de l’Homme n’a pas de signification fixe mais doit être interprétée à la lumière des « évolutions sociales ». Cela signifie en pratique que les juges ne sont plus tenus par le texte de la Convention, mais qu’ils se donnent toute latitude pour créer les « droits » qu’ils estiment requis par « l’évolution de la société », et pour invalider les lois nationales qui ne leur paraissent pas conformes à ces « évolutions ». Loin d’être des « gardiens fidèles » de la Convention, comme l’auraient voulu les Etats qui ont rédigé et ratifié la Convention, les juges de la CEDH deviennent ses créateurs.

Le protocole n°4 de la CEDH prohibe les expulsions collectives (auxquelles peuvent être assimilées les interceptions de migrants en haute mer, telles que les pratique par exemple l’Australie), ce qui signifie que les pouvoirs publics ne peuvent, théoriquement, affréter d’avion ou de train spécialement pour renvoyer chez eux des immigrés n’ayant plus le droit de séjourner en France, et qu’ils doivent donc leur trouver des places sur les vols réguliers. Or les compagnies aériennes sont évidemment très réticentes à accueillir sur leurs lignes régulières des gens que l’on renvoie chez eux par la force, de peur que le spectacle rebute les autres passagers, ou ne déclenche des mouvements de solidarités, ou de quelque manière affecte le vol.

Pendant longtemps, et fort logiquement, le séjour irrégulier en France a été un délit (passible de 3750 euros d’amende, d’un an de prison, et de trois ans d’ITF). Mais par deux arrêts rendus en 2010 et 2011, la CEDH a affirmé que le seul séjour irrégulier ne pouvait pas constituer un délit. La Cour de Cassation a repris à son compte cette jurisprudence, dans un arrêt du 6 juin 2012.

A la suite de cela, la loi Valls du 31 décembre 2012 a supprimé du code pénal le délit de séjour irrégulier sur le territoire français. Un étranger séjournant illégalement en France n’encourt donc désormais plus aucune sanction pénale pour ce fait (et il ne peut donc plus non plus être placé en garde à vue du seul fait de son absence de titre de séjour).

La loi continue à prévoir que « toute personne qui aura par aide directe ou indirecte facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation et le séjour irrégulier d’un étranger en France », peut être punie de 30 000 euros d’amende et cinq ans de prison. Mais la même loi du 31 décembre 2012 a supprimé « les actions humanitaires et désintéressées » du délit d’aide au séjour irrégulier. Aujourd’hui il n’est donc pas illégal de nourrir, d’héberger et d’aider un migrant, à partir du moment où aucune contrepartie, quelle qu’elle soit, ne lui est demandée.

Arrêtons-nous là. Vouloir maitriser les flux migratoires tout en restant dans la CEDH - et en ayant des cours nationales qui appliquent sa jurisprudence – revient à peu près à vouloir battre Mike Tyson en ayant les deux mains attachées dans le dos.

Voilà la triste réalité qu’ignorent, ou que feignent d’ignorer, nos législateurs. Les débats actuels au Parlement portent donc, pour l’essentiel, sur des queues de cerise. Beaucoup de bruit pour rien.

Comme le dit fort bien Renaud Camus : « l’immigration, achetée jadis en tant que lézard décoratif, est devenue entre-temps crocodile. Il occupe la moitié du salon, l’œil mi-clos. De temps en temps, quand l’humeur taquine lui en prend, il dévore un bras ou une jambe, pour passer le temps. Toutefois la convention est de faire comme s’il n’était pas là, et de poursuivre la conversation par-dessus lui autour d’une tasse de thé, en parlant des horaires des trains, tandis qu’il se pourlèche les babines en sang. »

Le projet de loi « Asile et immigration » n’est qu’une manière de continuer à prendre le thé en faisant comme si le crocodile était encore lézard.

Si nous nous élevons au niveau des principes qui guident les divers arrêts de la Cour, nous pouvons discerner que le vice fondamental de sa jurisprudence est de traiter l’immigration comme un droit naturel. Cela est plus net lorsqu’il est question de « droit d’asile », mais est vrai pour l’immigration de manière générale.

Autrement dit, les juges de Strasbourg paraissent considérer qu’un individu a un droit naturel – un droit qui n’est pas donné par un gouvernement, mais qui appartient à tout homme en tant qu’homme – à être admis dans le pays de son choix, et qu’il n’est possible de le priver de l’exercice de ce droit que pour des motifs très graves et au terme d’un procès équitable. De la même manière que, par exemple, un gouvernement respectueux des droits de l’homme ne pourra, théoriquement, porter atteinte à nos droits naturels à la vie, à la liberté et à la propriété que pour protéger ces droits chez autrui ou pour préserver l’ordre social lui-même, et seulement après nous avoir mis en état de nous défendre effectivement, au terme donc d’une procédure judiciaire complexe comprenant certains éléments invariables, tels que la présomption d’innocence, la publicité du procès, la possibilité de recourir à un avocat, l’accès aux preuves et aux témoins, etc.

C’est ainsi que, de plus en plus, pour refuser d’accorder à un immigré qui se présente à nos frontières un titre de séjour ou le droit d’asile, nos pouvoirs publics sont obligés de passer par des procédures qui s’apparentent à un procès fait au migrant : procédures très lourdes, très complexes, et qui laissent aux avocats dudit migrant quantité d’occasions de gripper la machine et d’obliger l’administration à lui accorder finalement le titre de séjour convoité.

Une telle manière de procéder pourrait éventuellement être tolérée si les candidats à l’entrée se comptaient chaque année sur les doigts de quelques mains. Mais appliquée aux flux actuels elle revient à laisser la porte grande ouverte. Ce que nous pouvons constater de nos yeux presque tous les jours. Le lézard est devenu crocodile gigantesque. Et il grossit toujours.

Il faut le dire et le redire (puisque nous vivons au sein d’un régime politique où celui qui prétend à être écouté dans la conversation civique doit parler le langage des droits de l’Homme), cette conception de l’immigration n’est pas seulement désastreuse en pratique, elle est aussi profondément fausse en théorie. Traiter la possibilité d’immigrer comme un droit naturel est profondément contraire aux authentiques droits de l’Homme, aux vrais droits naturels de l’être humain (à la différence des « droits » inventés par des conventions ou des cours de justice).

L’une des conséquences du fait que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » est que, une fois qu’un peuple s’est constitué pour se donner un gouvernement, nul n’a le droit de s’y joindre sans le consentement de ceux qu’il veut rejoindre. Un étranger n’a pas plus le droit d’exiger d’être intégré à un peuple déjà existant qu’il n’a le droit d’imposer sa présence dans une maison où il n’a pas été invité. Toute communauté politique est libre d’accepter qui elle le veut, quand elle le veut et selon les critères de son choix.

Mais pourtant, dira-t-on, les étrangers qui veulent s’installer dans notre pays ne sont-ils pas des hommes comme nous, pourvus des mêmes droits naturels ? Dès lors, un gouvernement qui se donne pour tâche de protéger les droits naturels des individus ne doit-il pas accepter tous ceux qui viennent se placer sous sa protection ? Les étrangers qui se présentent chez nous n’exercent-ils pas simplement leur « droit à la poursuite du bonheur », tout comme nous ?

Certes, nul ne peut leur reprocher de se présenter là où ils estiment que leur vie sera meilleure, mais il n’en reste pas moins que les migrants ne peuvent se prévaloir d’aucun droit à être acceptés. Le gouvernement de la communauté particulière aux frontières de laquelle ils se présentent est chargé de protéger la vie, la liberté et la propriété des individus qui la composent. Il n’est en aucune façon chargé de protéger la vie, la liberté et la propriété de ceux qui n’appartiennent pas à cette communauté.

Dire que les migrants ont un droit à être accueillis là où ils le désirent reviendrait à dire que le gouvernement d’un pays a l’obligation de garantir les droits de n’importe quelle personne dans le monde qui en ferait la demande. Une telle obligation serait par nature à la fois impossible à remplir et injuste. Elle serait une violation des termes du contrat initial selon lesquels nul ne peut être contraint de s’associer avec ceux qu’il n’a pas choisi.

Comme le déclare le préambule de la Constitution des Etats-Unis : « Nous, Peuple des États-Unis », établissons une Constitution afin « d'assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité ». Pour les rédacteurs de cette Constitution, il allait de soi que le peuple américain n’avait pas plus l’obligation « d’assurer les bienfaits de la liberté » aux Mexicains ou aux Haïtiens que les Mexicains ou les Haïtiens n’avaient l’obligation d’assurer ces bienfaits aux Américains. Il appartient à chaque peuple de protéger par lui-même les droits naturels de ceux qui le composent, et, si nous pouvons compatir avec les malheurs des peuples qui échouent dans cette entreprise difficile, cela ne nous donne pas pour autant l’obligation d’en accueillir tout ou partie sur notre sol.

Bien entendu cela ne nous exonère pas de tous devoirs vis-à-vis des étrangers. Nous devons respecter leurs droits naturels, c’est-à-dire ne pas nous en prendre à leur vie, leurs biens ou leur liberté. Mais nous n’avons pas l’obligation de garantir l’exercice de ces droits, et lorsque nous refusons d’accueillir un migrant nous ne violons pas ses droits, nous ne commettons aucune injustice : nous le laissons simplement dans l’état où il se trouvait avant.

En bref, l’égale liberté naturelle de tous les hommes signifie à la fois que n’importe quel individu est libre de quitter le pays dans lequel il habite, en emportant ses biens, car il ne saurait être gouverné sans son consentement, mais également que nul ne peut se prévaloir du droit d’être accueilli où que ce soit.

En oubliant, en négligeant, ou en ignorant ce point fondamental, nos gouvernants – qu’ils soient en costume cravate ou bien en robe d’hermine – détruisent peu à peu les communautés politiques gouvernées par consentement qui sont pourtant censées être indispensables pour garantir l’exercice de nos droits naturels.

En traitant l’immigration comme le droit naturel qu’elle n’est pas, ils attaquent frontalement nos droits naturels, ceux qui sont énumérés par exemple dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.

Il est désormais à peu près certain que nous ne pourrons éviter, collectivement, d’être dévorés par le crocodile qu’à deux conditions. Sortir de la CEDH d’une part, et d’autre part sortir de cette conception viciée de l’immigration qui domine actuellement, conception qui n’est pas seulement celle de la Cour de Strasbourg, hélas, mais aussi celle d’une bonne partie de nos élites politiques, judiciaires, administratives et médiatiques.

Il n’est certes pas besoin d’espérer pour entreprendre. Mais, tout en continuant à faire, à notre niveau, ce qui doit être fait ici et maintenant pour notre pays, il n’est pas interdit non plus de prendre ses dispositions pour essayer d’éviter, individuellement, de finir dans les mâchoires du crocodile.


lundi 26 février 2018

Une Jeanne d'Arc noire, et alors?




Une jeune fille métisse peut-elle incarner Jeanne d’Arc lors des fêtes johanniques qui ont lieu chaque année à Orléans ?

En apprenant que tel serait le cas cette année j’ai, sans doute comme beaucoup de gens, commencé par hausser les épaules.

« Bin voyons, me suis-je dit. Et l’année prochaine, je suppose que ce sera une lesbienne revendiquée, ou bien un homme qui se définit comme femme, puisque n’est-ce pas, comme chacun le sait, le sexe n’est pas le genre. »

Bref, j’y ai vu spontanément, une petite provocation supplémentaire de la part du parti progressiste, que l’on pourrait appeler justement le parti de la destruction systématique, ou le parti de la souveraineté absolue de l’individu. Le parti de ceux qui ont entrepris de nier systématiquement les réalités historiques, politiques et naturelles les plus incontestables, au nom de l’égalité et du « droit » supposé de chacun de s’auto-engendrer.

Un acte de propagande aussi stupide et offensant que, par exemple, l’affirmation du président Chirac selon laquelle « Les racines de l'Europe sont autant musulmanes que chrétiennes », ou bien que ce seraient les immigrés (entendez : les maghrébins et les Africains) qui auraient reconstruit la France en 1945, après l’avoir sauvé sur les champs de bataille.

Et comme le parti progressiste rivalise de provocations et de stupidités depuis maintenant des décennies, et qu’en conséquence j’ai désormais le cuir épais, je m’apprêtais à ne pas accorder plus à cette nouvelle polémique qu’un vague grommellement, avant oubli mérité.

Mais, ayant été amené à lire quelques réactions et quelques articles sur la question, l’idée s’est progressivement imposée à moi que le sujet était plus intéressant que je ne l’avais pensé initialement, et méritait quelques efforts de réflexion.

Commençons par déblayer le terrain des questions accessoires pour essayer d’accéder directement au cœur du problème.

Oui, les réactions spontanément négatives sont compréhensibles, pour les raisons que j’ai brièvement évoquées ci-dessus. Bien que les membres de l’association Orléans-Jeanne d’Arc, qui ont choisi la jeune Mathilde Edey Gamassou pour incarner, le temps d’une procession, la sainte nationale, se soient évidemment récriés que sa qualité de métisse n’avait nullement été un critère de choix, il sera toujours impossible de s’assurer que tel a bien été le cas. Et, la conversation civique française étant ce qu’elle est, il est également impossible de croire que ces membres n’ont pas anticipé qu’un tel choix ferait polémique. A moins d’être totalement stupides ou d’avoir vécu au fond d’une grotte ces quarante dernières années, ces personnes ne pouvaient pas ne pas comprendre qu’un tel choix avait nécessairement une signification publique qui allait bien au-delà des simples fêtes johanniques.

Et oui, la pauvre Mathilde n’est pour rien dans tout cela, et les torrents de boue qui se sont déversés sur elle, via l’égout des réseaux sociaux, sont aussi stupides et offensants que les provocations du parti progressiste. Il est naturel que nombre de gens n’appartenant pas à ce parti se soient spontanément portés à sa défense.

Sur ces deux points, il me semble qu’aussi bien les défenseurs que les critiques de ce choix peuvent aisément tomber d’accord, pourvu qu’ils soient un tant soit peu raisonnables.

Mais ce qui est en réalité au fond de la polémique, me semble-t-il, c’est le rapport entre race et politique. Et ce qui fait que défenseurs et critiques, même raisonnables et de bonne foi, ne parviennent pas à s’entendre, c’est la difficulté bien réelle qu’il y a à conceptualiser les différences raciales d’une manière politique, autrement dit à faire droit à un fait incontestable : les différences raciales existent, sans tomber dans le racisme, au sens strict du mot, c’est-à-dire dans une conception matérialiste et fataliste de l’existence humaine. En termes plus généraux encore, ce qu’il y a au fond du débat sur la « Jeanne d’Arc noire », c’est l’articulation complexe entre liberté et nécessité.

Mais procédons pas à pas.

Les arguments des défenseurs du choix de Mathilde Edey Gamassou sont les suivants.

Chacun sait bien que Jeanne d’Arc n’était pas noire (ni métisse, ni asiatique, et ainsi de suite). Mais les fêtes johanniques ne sont pas une reconstitution de la vie de la pucelle d’Orléans, qui exigerait le respect le plus poussé possible de la vérité historique, elles sont, selon les termes maladroits mais parlant d’un de ces défenseurs, une manière de célébrer « les valeurs de Jeanne d’Arc ». Ou encore, « Il ne s’agit donc pas tant de représenter Jeanne d’Arc que son héritage, spirituel et moral. » Or cet héritage n’est aucunement lié à la couleur de la peau, ou aux différences raciales de manière générale.

Qu’est-ce en effet que cet héritage ? Quelles sont les « valeurs de Jeanne d’Arc » ?

La foi chrétienne, dans sa version catholique romaine, et le patriotisme. Jeanne est à la fois une sainte et une héroïne nationale, les deux inséparablement et nécessairement mêlés. Jeanne est une disciple du Christ et une fille de France. Et c’est pour cela qu’elle est célébrée chaque année à Orléans.

Que Jeanne d’Arc soit une sainte, l’Eglise catholique l’affirme, et elle est seule à pouvoir porter ce jugement.

Que Jeanne d’Arc soit la France, que sa courte vie se confonde avec le rétablissement, au bord du tombeau, de ce corps politique particulier que l’on nomme la France, n’est pas non plus sérieusement contestable.

Ecoutons Michelet :

« La vierge secourable des batailles que les chevaliers appelaient, attendaient d’en haut, elle fut ici-bas… En qui ? C’est la merveille. Dans ce qu’on méprisait, dans ce qui semblait le plus humble, dans une enfant, dans la simple fille des campagnes, du pauvre peuple de France… Car il y eut un peuple, et il y eut une France. Cette dernière figure du passé fut aussi la première du temps qui commençait. En elle apparurent à la fois la Vierge… et déjà la patrie. Telle est la poésie de ce grand fait, telle en est la philosophie, la haute vérité. »

Ecoutons Bainville parler du « beau feu d’enthousiasme et de patriotisme qui avait pris naissance à Domrémy » :

« une des grandes idées de la « bonne Lorraine » avait été la réconciliation des Français. Grâce au mouvement national que son intervention avait déterminé, le retentissement et l’horreur de son martyre réalisèrent son vœu. La domination anglaise était de plus en plus détestée. »

Les questions que nous pose le choix de Mathilde Edey Gamassou pour personnifier Jeanne d’Arc en cette année 2018 sont donc les suivantes : peut-on être sainte et Noire ? Peut-on être Française et Noire ?

Et à ces deux questions il faut répondre : oui.

Oui, il est incontestable que la proposition chrétienne s’adresse à tous les hommes, que tous sont appelés à la sainteté, indépendamment de toutes les différences naturelles qui peuvent exister entre eux.

Et oui, il est également vrai que la qualité de Français n’est pas attachée à une couleur de peau. Nous ne parlons évidemment pas là de la nationalité française, qui ne dépend que d’une décision administrative, mais bien d’une qualité substantielle : se sentir intimement et exclusivement lié à ce corps politique singulier que l’on nomme la France. Vibrer au récit de ses succès et s’attrister de ses échecs, se sentir élevé par ce que son histoire a de grand, et humilié par ce que son histoire a de bas. Etre français par sa langue, par sa culture, par ses passions, par ses mœurs, par son patriotisme, être Français, enfin, dans toute l’acception du terme, cela est ouvert aux hommes de toutes les races et de toutes les origines.

Ces arguments sont forts et je dois dire que, personnellement, il m’est impossible de leur refuser mon assentiment.

Mais ces arguments forts, vrais, ne suffisent pas à épuiser la question.

Il y a en effet, tapi derrière ces arguments légitimes, un sophisme qu’il importe de tirer en pleine lumière. De ce qu’un Noir (ou, pour le dire de manière plus générale, un non Blanc) puisse être Français, il ne s’ensuit pas que la France pourrait être noire. C’est cette conclusion que veut tirer le parti progressiste, et c’est cette conclusion que refusent, en définitive, la plupart de ceux qui ont été choqués par le choix d’une jeune métisse pour figurer Jeanne d’Arc.

Continuons à progresser pas à pas.

Premier point : oui, contrairement à ce qu’il nous est enjoint aujourd’hui d’affirmer publiquement, les races existent.

Depuis des temps immémoriaux les hommes ont reconnu que l’espèce humaine se subdivisait en races, c’est-à-dire en vastes sous-ensembles d’individus présentant des caractères héréditaires communs, exactement de la même manière que les espèces animales se subdivisent en sous-groupes aux caractéristiques héréditaires communes. Ils l’ont reconnu car ils ne pouvaient pas ne pas le reconnaître, exactement de la même manière qu’ils ne pouvaient pas ne pas reconnaître que l’espèce canine, par exemple, regroupe un grand nombre de races de chiens différentes. L’existence des races humaines, au sens relativement imprécis que le sens commun prête à ce terme, n’a donc jamais sérieusement pu être mise en doute, et les plus grands savants n’ont pas hésité à se servir de cette notion pour essayer de la raffiner et de mieux délimiter ce que nous percevons tous spontanément mais relativement grossièrement. Bien mieux, la science moderne apporte sans cesse de nouvelles preuves du bien-fondé de cette catégorie de sens commun, à peu près aussi vieille que l’humanité elle-même. Le récent décryptage du génome humain nous permet ainsi d’affirmer que, contrairement à la vérité officielle sur la question, la notion de race a bien un fondement biologique : les différentes races, celles dont parlait Linné, correspondent à des variations réelles au sein de ce génome.

En un sens, bien entendu, tous les hommes sont uniques, y compris au niveau génétique, mais les génomes des individus présentent des ressemblances plus ou moins grandes. Il est possible de déterminer ces ressemblances et ainsi de regrouper les individus en fonction de leur fréquence allélique. Les groupements génétiques les plus basiques correspondent aux races des cinq continents, celles qui sont immédiatement identifiables à l’œil nu : les Africains, les Caucasiens (Europe et Moyen-Orient), les Asiatiques, les Aborigènes (Australie et Nouvelle-Guinée), et les Indiens d’Amérique. Le décryptage du génome humain a tout simplement ressuscité les catégories raciales traditionnelles.

L’existence de races, ou de sous-espèces, différentes au sein de l’espèce humaine est d’ailleurs tout à fait conforme à la théorie darwinienne la plus orthodoxe. L’évolution a très normalement amené une différenciation de l’espèce humaine en races, qui se distinguent par un ensemble de caractères, dont certains sont très visibles, comme la couleur de la peau, la dentition, la forme du crâne, la texture des cheveux, etc. et dont d’autres le sont moins. Au total, on estime aujourd’hui que les variations raciales porteraient sur 15% du génome humain. Autrement dit l’évolution aurait affecté 15% du génome initial d’Homo Sapiens pour donner naissance aux différentes races. 15% est une proportion loin d’être négligeable, ne serait-ce que parce ces différences génétiques sont souvent corrélées entre elles.

Je ne m’attarde pas davantage sur ce point, que j’ai déjà traité plus longuement ailleurs.

Second point : il n’est pas encore définitivement prouvé mais il est hautement probable,  pour dire le moins, que les différences raciales ne sont pas seulement physiques, mais aussi comportementales.

On pensera bien sûr, par exemple, à la question du QI. Il est désormais bien connu, bien qu’il soit hautement dangereux de l’évoquer publiquement, que les tests de QI donnent des résultats différents suivants les groupes raciaux. Pour le dire très rapidement, les Blancs ont un QI moyen supérieur à celui des Noirs, et inférieur à celui des Asiatiques (les « Jaunes »). Or le QI joue un rôle très important dans quantité de comportements et de situations.

La recherche génétique est bien avancée sur la voie d’autres différences, comme par exemple l’impulsivité et la propension à la violence, différences qui pourraient nous aider à comprendre pourquoi le taux d’homicide est significativement plus élevé dans les pays sub-saharien qu’en Europe ou en Asie, de même que le taux d’homicide est beaucoup plus élevé dans les Antilles françaises qu’en métropole, beaucoup plus élevé au sein de la population noire américaine qu’au sein de la population blanche et de la population asiatique, y compris à statut socio-économique équivalent, et ainsi de suite.

Troisième point, si les différences raciales existent, cela signifie que des groupes raciaux différents ont toute chance de développer des cultures et des civilisations différentes, toutes choses égales par ailleurs. La race fait partie de ces nombreux éléments qui contribuent à expliquer les caractères de peuples et les traits distinctifs des civilisations.

Il n’est pas besoin de supposer que ces différences soient grandes pour qu’elles puissent avoir, sur le temps long, de grands effets, de la même manière qu’une différence de quelques centimètres dans la visée de deux tireurs se traduira par un très grand écart à l’arrivée si la cible est à une grande distance.
Ce qui signifie tout simplement que le général de Gaulle avait raison lorsqu’il affirmait : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »

De la même manière qu’une « France » hindoue ou musulmane aurait été entièrement différente de ce que nous appelons la France, une « France » peuplée de Noirs ou d’Asiatiques aurait été entièrement différente. Ce n’aurait pas été la France, ce corps politique unique, aux traits reconnaissables par-delà de constants changements, depuis peut-être mille ans. C’eut été autre chose. Un autre corps politique. Un autre pays.

Et cela signifie aussi que la modification très rapide de la composition de la population qui vit sur le sol français, et à laquelle nous assistons depuis demi-siècle, n’est pas du tout indifférente. Contrairement à ce qu’affirme le parti du progrès, il n’est pas possible d’avoir le même pays avec un peuple différent.

Le jour où – et du train où vont les choses, ce jour pourrait être prochain – les individus « de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » auront cessé d’être numériquement très majoritaires sur le sol de France, la France n’aura pas simplement changé, elle aura disparu. Ce sera un autre corps politique occupant le même territoire. Ce ne sera plus la France.

A la fin du second tome de De la démocratie en Amérique, Tocqueville écrivait :

« Je n’ignore pas que plusieurs de mes contemporains ont pensé que les peuples ne sont jamais ici-bas maîtres d’eux-mêmes, et qu’ils obéissent nécessairement à je ne sais quelle force insurmontable et inintelligente qui naît des évènements antérieurs, de la race, du sol ou du climat.
Ce sont là de fausses et lâches doctrines, qui ne sauraient jamais produire que des hommes faibles et des nations pusillanimes : la Providence n’a créé le genre humain ni entièrement indépendant, ni tout à fait esclave. Elle trace, il est vrai, autour de chaque homme, un cercle fatal dont il ne peut sortir ; mais, dans ses vastes limites, l’homme est puissant et libre ; ainsi des peuples. »

Le racisme, entendu au sens strict, c’est-à-dire la tentative d’établir une hiérarchie objective, « scientifiquement fondée », entre les différentes races ainsi que de faire de la race la réalité fondamentale de la vie humaine, conditionnant et expliquant toutes les autres, est une de ces doctrines « fausses et lâches ». En tant que matérialisme il est une erreur intellectuelle, en tant que fatalisme il est une erreur politique et une faute morale.

Mais reconnaitre cette erreur ne doit nous empêcher de reconnaitre aussi que les races existent. Elles sont l’un des éléments, parmi beaucoup d’autres, qui composent le cercle « fatal » à l’intérieur duquel les individus et les peuples sont « puissants et libres ». Exactement de la même manière, par exemple, et pour rester dans le domaine des différences naturelles, que la différence des sexes.

Hommes et femmes, pris individuellement, peuvent être beaucoup de choses, et les variations entre individus sont telles qu’il est presque impossible d’affirmer catégoriquement que telle activité ou telle réalisation restera toujours la prérogative exclusive d’un sexe. Mais pris en tant que groupes, hommes et femmes présentent des propensions et des qualités différentes, de sorte qu’il est vain, et même tyrannique, d’attendre une répartition égale des sexes dans les différentes activités humaines et des réalisations identiques. Ainsi en est-il, selon toute vraisemblance, des différences raciales.

Si nous revenons maintenant à notre problème initial, il nous faut donc conclure que, oui, une jeune fille noire peut personnifier Jeanne d’Arc lors d’une célébration, mais que, non, Jeanne d’Arc n’aurait pas pu être noire.

vendredi 16 février 2018

"Un homme sur deux ou trois est un agresseur"


Hallucinante interview de Caroline de Haas il y a deux jours, sur une des antennes de la ROFSB©. Tellement hallucinante que j’ai dû m’infliger le supplice de la réécouter pour m’assurer que j’avais bien entendu ce que j’avais entendu.

Car oui, écouter Caroline de Haas est un exercice pénible. Pas seulement, ni même principalement, à cause de la haine des hommes qui suinte de chacune de ses phrases et qui, lorsque je l’entends, me donne l’irrésistible impression qu’elle s’apprête à me les couper séance tenante et au ras des poils avec une vieille scie à bois rouillée.

Pas seulement parce que tout être humain normalement constitué devrait avoir froid dans le dos à l’idée qu’un tel Lénine en jupons pourrait, un jour, avoir la possibilité de mettre en œuvre sans obstacles ses idées.

Non, le plus insupportable en l’écoutant, c’est d’entendre à chaque phrase les hurlements de la logique que l’on égorge, c’est d’entendre l’agonie du bon sens que l’on écartèle cruellement, c’est de voir la raison impitoyablement brisée sur le chevalet pour ne plus être qu’une pulpe sans forme reconnaissable.

Ecouter une interview de Caroline de Haas, c’est la peine forte et dure, hanged, drawn and quartered, comme disaient les anglo-saxons.

Mais le plus hallucinant, peut-être, était le niveau de complaisance et d’aplatissement des « journalistes » vis-à-vis de la « militante féministe » et patronne avisée d’une petite société spécialisée dans le « conseil en égalité professionnelle ». Pour aller plus bas que ça, il aurait fallu commencer à creuser.

Morceaux choisis. Parmi les plus avariés et les plus purulents.

-        Caroline de Haas : « Savez-vous qu’il y a des études qui ont été faites qui prouvent que seuls 2 à 5% des plaintes pour viol seraient fausses ? »

-          Journaliste : (prenant son courage à deux mains ) « Ah… euh… et ce chiffre, il vient d’où ? (excusez-moi si je demande pardon) »

-          Caroline de Haas : « C’est une twitteuse qui s’appelle Crêpe Georgette qui a fait un article sur cette question ».

-          Journaliste : « Ah… euh… eh bien, quelle statistique édifiante… (il fait chaud ici, vous trouvez pas ?) »

-           
Puisque les « études » PROUVENT (c’est scientifique, c’est irréfutable) que les femmes ne mentent pratiquement jamais lorsqu’elles disent avoir été violées, c’est donc que tous les hommes accusés sont coupables (à un pouillème près, certes, ne chipotons pas en de si graves matières). Gérald Darmanin et Nicolas Hulot, entre beaucoup d’autres, seront certainement intéressés d’apprendre que, au tribunal de Caroline de Haas, ils viennent d’être condamnés sur la foi des affirmations de Crêpe Georgette, twitteuse de son état. Avec juste un timide haussement de sourcils de la part des vaillants défenseurs à carte de presse de la démocratie et de l’Etat de droit.

-          Caroline de Haas : « Il m’a été rapporté sur Twitter le cas de collégiens ayant harcelés sexuellement une collégienne et qui n’ont eu AUCUNE sanction ! »

-          Journaliste : « Quel collège ? »

-          Caroline de Haas : « Dans le sud de la France, je ne connais pas le nom du collège. »

-          Journaliste : « Ce serait intéressant d’y faire un reportage… »

-          Caroline de Haas : « Oui, tout à fait ! »

Hop ! On passe à autre chose. C’est vrai quoi, Twitter, les réseaux sociaux, ce sont des sources d’information fiables, tout le monde sait ça. Et puis les fake news c’est uniquement l’extrême-droite, tout le monde sait ça aussi.

Tellement fiable, d’ailleurs, qu’il apparait au cours de l’interview que Caroline de Haas tire l’essentiel de son savoir de Twitter.

« Moi, dit-elle, on m’a informé sur Twitter du cas d’une femme qui avait été violée et qui a été très mal reçue dans trois commissariats successifs. » (Et de détailler les mauvais traitements)
-          Journaliste : « C’étaient les commissariats de quelle ville ? »

-          Caroline de Haas : « Paris »

-       Journaliste : « Ah… euh… ce serait intéressant de confronter le ministre de l’Intérieur… (fait de plus en plus chaud ici, vous trouvez pas ?) »

-          Caroline de Haas : « Ah oui, tout à fait ! »

Hop ! Passez muscade. C’est sur Twitter, c’est forcément vrai.

Et vous savez pourquoi c’est vrai ? PARCE QUE LES FEMMES NE MENTENT PAS. C’est scientifique, c’est prouvé. Demandez donc à Crêpe Georgette. Sur Twitter.

D’ailleurs, Caroline entend bien redresser notre langage, affreusement sexiste et biaisé.

« Moi, tout ce qui se dit à propos du comportement de tel ou tel, je n’appelle pas cela des rumeurs, j’appelle cela des INFORMATIONS. » « Et donc, poursuit-elle, j’ai des INFORMATIONS qui me sont remontés au sujet du comportement de Nicolas Hulot avec les femmes. Au moins deux ou trois VICTIMES… »
-          Journaliste : « Deux ou trois ? »

-          Caroline de Haas : « Je ne sais pas, je ne les connais pas. Je n’ai pas eu les VICTIMES en direct.. »

-          Journaliste : « Vous ne les avez pas contactées ? »

-          Caroline de Haas : « Moi, lorsque j’ai des INFORMATIONS qui remontent, j’alerte la justice, et surtout les journalistes, pour qu’ils enquêtent… »

-          Journaliste : « Mais c’est deux ou trois ? »

-          Caroline de Haas : « Je ne sais pas. Je ne connais pas les VICTIMES. Ca pourrait être plusieurs fois la même... »

-          Journaliste : « Parce que jusqu’à maintenant, on avait connaissance de deux cas… »

-        Caroline de Haas : « Mais c’est d’autres voyons, c’est d’autres… attendez, vous ne pensez tout de même pas que vos confrères de l’Ebdo publieraient ces INFORMATIONS s’ils n’avaient pas un faisceau d’indice concordants ? (Alors, vous allez oser mettre en doute la parole de vos confrères, hum ? hum ?) »

-          Journaliste « Ah… euh… je ne sais pas… euh… »

Et, en épongeant le sang qui coulait de mes oreilles de me faire ainsi enfoncer tant d’inanités dans le conduit auditif, je me disais que, décidément, les féministes sont toutes les mêmes (comme les femmes, parait-il…). Caroline de Haas, comme toutes ses consoeurs, à de très rares exceptions près, procède uniquement par insinuation et par chantage moral, jamais par raisonnement sonnant et trébuchant. Ne parlez pas de plaignantes, parlez de VICTIMES, ne parlez pas de rumeurs, parlez D’INFORMATIONS. Citez des « études » que vous avez trouvé sur Twitter. Parlez de CRIMES DE MASSE à propos des violences sexuelles (prochaine étape, une fois que ceci aura été bien accepté, parlez d’holocauste sexuel, ou de Shoah des femmes). Et lorsque que par hasard vous vous coupez un peu dans vos déclarations, réfugiez vous derrière les journalistes, qui, en quête de scoop bien croustillants et de gros tirages, auront complaisamment sortis les INFORMATIONS que vous leur aurez transmis.

D’ailleurs, la preuve que ce sont bien des INFORMATIONS, c’est que ça figure dans les journaux. « Voyons, messieurs les journalistes, vous n’allez quand même pas dire que vous ne croyez pas vos confrères ? Qu’ils pourraient n’être pas sérieux ? »

C’est magique. Voilà comment on fait carrière. Voilà comment on acquière notoriété et puissance, de nos jours. Pourvu simplement que l’on se proclame « militante féministe ». Car Caroline de Haas est une puissance, n’en doutez pas. Ce n’est pas Nicolas Hulot et Gérald Darmanin qui vous diront le contraire.
Mais on n’a beau être militante féministe, on n’en reste pas moins femme. Et Caroline de Haas, dans sa croisade contre la virilité, utilise donc jusqu’à la caricature les armes millénaires des femmes pour essayer d’obtenir ce qu’elles veulent des hommes, ces brutes qui ont la force physique de leur côté et l’entendement pas toujours très fin : elle tente de leur faire honte. Elle ne tente pas des les convaincre. Elle n’argumente pas. Elle parle émotions, ressenti. Elle se plaint de son triste sort de femme. Elle se met en colère. Elle joue l’indignation, et, si cela ne suffit pas, il restera toujours l’argument des larmes, qui désarment si bien les hommes, pourvu qu’ils soient un tantinet civilisés.

Elle met l’éternel féminin (et l’éternel masculin) en œuvre au service de l’idée qu’il n’existe pas d’éternel féminin.

mardi 6 février 2018

L’islamisation d’Oslo



Bruce Bawer – The City Journal, January 24, 2018

Avec une population de plus de 600 000 habitants, Oslo est divisée en deux par l’Akerselva, une petite rivière qui court depuis les montagnes, dans le nord, jusqu’au fjord d’Oslo. Oslo Ouest est la partie huppée de la ville, avec de coquettes rangées de maison près du centre-ville et, plus loin, d’élégants arrondissements pleins de grandes et belles demeures au vastes pelouses bien entretenues. L’Est d’Oslo est bourgeois : à la limite du centre-ville vous trouvez des quartiers qui ressemblent à l’East Village, avec des bars à la mode et plein de graffitis, et quelques zones habitées essentiellement par des musulmans, Tøyen et Grønland ; plus à l’Est se trouve Groruddalen.

Une large vallée relativement sans caractère (Dal signifie « vallée » en Norvégien), Groruddalen abrite plus du quart de la population d’Oslo. Pensez à la San Fernando Valley et vous serez assez près de la vérité. Depuis plusieurs décennies maintenant, cette vallée à été associée à l’islam pour les Norvégiens. Le 28 août 2017, Rita Karlsen du Human Right Service (HRS), un think-tank basé à Oslo, a fait remarquer que cela faisait seize ans jour pour jour que Thorbjørn Bersten, un homme politique membre du Parti Travailliste, avait déclaré : « Il existe une limite au nombre d’immigrants que Groruddalen peut accepter. Cette limite est en train d’être atteinte. Je connais des gens qui veulent partir parce que la ville d’Oslo est en train de remplir des immeubles entiers avec des réfugiés et des demandeurs d’asile… Nous devons simplement admettre que les conflits culturels commencent à devenir visibles. » D’autres hommes politiques récusèrent le diagnostic de Bersten. Bjørgulv Froyn, qui était alors le chef du Parti Travailliste à Oslo, affirma que les problèmes de Groruddalen n’avaient « rien à voir avec les immigrés ». Le chef des conservateurs à Oslo, Per-Kristian Foss, abonda en ce sens, accusant Bersten de « stigmatiser un quartier et une population. » Foss, qui était ouvertement homosexuel, préféra ignorer le fait qu’il était déjà difficile pour les homosexuels de vivre dans certaines parties de Groruddalen.

L’avertissement de Bernsten, lancé en 2001, s’est avéré prémonitoire. De 2008 à 2010, plus de 6000 Norvégiens de souche ont quitté Groruddalen, tandis que près du double d’immigrants – essentiellement des musulmans – s’y sont installés. En 2009, presque 67% des enfants nés à Stovner, un arrondissement à l’extrémité Est de la vallée, avaient des mères non Occidentales. En 2010, les immigrants représentaient plus de 40% de la population de Groruddalen, et Lars Østby, le démographe en chef à la SBB, l’organisme officiel en charge des statistiques nationales, prévoyait que, avant peu, une majorité de la population de la vallée serait composée des immigrants et de leurs enfants. Østby, cependant, ne considérait pas cela comme un problème – en dépit des précédents sinistres de certaines zones urbaines dans la Suède voisine, tel que Rinkeby à Stockholm et Rosengard à Malmö, devenues des enclaves musulmanes : des sociétés parallèles où la sharia remplaçait la loi suédoise et où les chefs de la communauté, les imams, et les gangs, avaient davantage d’autorité que le gouvernement suédois, la police et les tribunaux.

En 2011, le journal Aftenposten a rompu le silence médiatique sur le sujet en publiant un reportage sur la vie de Norvégiens de souche habitant à Groruddalen. « C’est devenu difficile d’être un Norvégien d’origine à Groruddalen » expliquait au journal Patrick Ǻserud, un instituteur ayant vécu dans la vallée toute sa vie. « Il y a un gros problème de langue, et une pression pour s’adapter à des normes qui nous semblent totalement étrangères, à nous qui avons un style de vie et une mentalité occidentales. » Ǻserud expliquait que, dans certaines écoles de la vallée « des enfants sont menacés d’être battus parce qu’ils ont du salami dans leur panier-repas. Des filles sont harcelées parce qu’elles sont blondes, et se teignent les cheveux pour être acceptées. Ce n’est pas bien vu à l’école d’être homosexuel, ou d’être athée, ou d’être juif… les gens attendent d’une famille indienne que je connais qu’elle vive comme des musulmans parce qu’ils ont la peau brune. » Sur dix-huit rencontres parents-professeurs qu’Ǻserud avait tenu récemment, il avait été nécessaire de recourir dix fois à un traducteur. Les conditions de vie dans la vallée s’étaient dégradées ces trois dernières années, affirmait-il, et il avait décidé – à contre-cœur – de décamper. « Je ne laisserai pas mes enfants grandir ici. » Le journaliste du Aftenposten ayant suggéré que qu’Ǻserud était « hypersensible » et « déconnecté de la nouvelle Norvège », l’instituteur avait répliqué qu’en ce cas, il y avait beaucoup de Norvégiens de souche à Groruddalen qui ressentaient la même chose.

Deux ans plus tard, en 2013, un rapport remarquablement honnête de la SBB reconnaissait que 1000 Norvégiens de souche quittaient Groruddalen tous les ans, et étaient remplacés par un nombre égal d’immigrés non-occidentaux. Durant cette seule année, les agressions augmentèrent de 80% à Groruddalen. La grande majorité de leurs auteurs étaient des adolescents d’origine immigrée avec des prénoms musulmans ; pratiquement aucun de leurs parents ne prirent la peine de venir à leurs procès. (Un père, cependant, fit quelque chose : il essaya d’intimider des victimes d’agression pour qu’elles modifient leurs témoignages.) Malgré cela, la police et les hommes politiques continuaient à affirmer que tout allait bien à Groruddalen. Ils mettaient en avant des statistiques de crimes autres que les agressions, qui, superficiellement, semblaient leur donner raison. Mais beaucoup de crimes dans la vallée – et peut-être même la plupart – n’étaient pas rapportés aux autorités. Les musulmans victimes d’autres musulmans n’étaient pas assez stupides pour avertir la police : leurs familles, leurs imans, et les autres membres de la communauté musulmane les auraient considérés comme des traitres, et auraient agis en conséquence. Ils savaient que de telles affaires devaient se régler à l’intérieur de la communauté. Beaucoup de victimes non musulmanes craignaient également de se plaindre à la police, car elles savaient qu’elles risquaient de la part de leurs voisins immigrés des représailles auprès desquelles le crime initial aurait fait pâle figure.

En 2015, le sociologue Halvor Fosli publia Fremmed i eget land (« Un étranger dans son propre pays »), un livre basé sur des entretiens réalisés avec 20 Norvégiens de souche résidant à Groruddalen. Fosti avait délibérément choisi des gens impliqués à un certain degré dans leur communauté – ceux qui avaient des enfants à l’école, par exemple, ou bien qui siégeaient au conseil de leur coopérative. Quel effet cela faisait-il, leur demandait Fosti, de devenir minoritaire sur son propre sol ? Leurs réponses étaient perturbantes. Les garçons non musulmans dans les écoles secondaires avaient peur de tomber dans la ligne de mire des bandes de musulmans – mais ils ne savaient pas vraiment ce qu’ils devaient éviter de dire ou de faire, car leurs condisciples musulmans jugeaient leur conduite selon des critères entièrement étrangers à la société norvégienne. Pour les filles et les femmes non musulmanes, le simple fait de sortir de chez elles toutes seules – pour aller au supermarché par exemple – leur valait des regards courroucés de la part de musulmans à longues barbes, qui considéraient qu’elles ne devraient pas quitter leur foyer sans être accompagnées par un homme et sans être voilées. La vie était particulièrement dure pour les juifs. Les homosexuels ? Même pas la peine d’y penser. Autrement dit, un endroit dans lequel les gens avaient autrefois vécu sans peur et se traitaient mutuellement avec respect et bienveillance était devenu un lieu où fermentait la tension, la peur, et l’intolérance – non pas l’intolérance contre les musulmans, mais l’intolérance contre les Norvégiens.

Le livre de Fosli déclencha une prévisible avalanche de condamnations dans les grands médias norvégiens. Les adeptes du multiculturalisme vivant à Groruddalen traitèrent Fosli de menteur. Dans un article publié dans le Aftenposten intitulé « Non, je ne suis pas une étrangère dans mon propre pays », Inger Sønderland expliquait comment elle s’était installée dans la vallée trois ans plus tôt et s’était sentie immédiatement la bienvenue. « Je me suis sentie chez moi ici ! », écrivait-elle. « Dans cet environnement où nous sommes tous si différents, je me sens libre. Je peux me laisser aller, être moi-même… j’aime ce mélange de peuples. » Øyvind Holen, qui avait travaillé pour la plupart des grands journaux norvégiens, écrit plusieurs livres sur le hip-hop, et publié son propre livre sur Groruddalen dix ans plus tôt, pris part à la controverse, accusant dans le Dagbladet Fosti et ses interviewés d’être « obsédés par l’islam » et de s’être lancé dans une « attaque monomaniaque contre les minorités pakistanaises et somaliennes. » Avec un peu de soutien de la part de médias, le livre de Fosli aurait pu forcer la main des hommes politiques, de la police, et des fonctionnaires en charge de l’immigration ; au lieu de cela, la puissante charge des médias pour le discréditer assura que le livre n’eut aucun impact sur la politique locale ou nationale. La vie continua comme avant : en 2016, les chefs d’établissements scolaires furent avertis de presque 2000 cas de violence contre des enseignants à Oslo, mais ils ne prévinrent la police dans aucun. En janvier 2017, un rapport affirma que la criminalité juvénile avait dramatiquement augmenté à Groruddalen.

En février 2017, Forskning.no – un site internet prétendant fournir des informations fiables concernant la science et la recherche partout dans le monde – affirma que, selon un nouveau rapport du NOVA, un institut de recherche norvégien, la plupart des jeunes gens à Groruddalen se portaient très bien. « Ils réussissent à l’école, ont de bonnes relations avec leurs parents, sont satisfaits de l’environnement dans lequel ils vivent, et boivent moins d’alcool que les autres jeunes à Oslo. » Mais lorsque Nina Hjerpset-Østlie, du HRS, examina le rapport du NOVA, elle découvrit qu’il traitait principalement des garçons musulmans, pour la plupart desquels, en effet, la vallée était un véritable parc de loisirs. Le rapport du NOVA indiquait clairement que, pour les filles musulmanes et pour les non-musulmans des deux sexes, la vie à Groruddalen était loin d’être aussi paradisiaque. Ils se sentaient en insécurité à cause du comportement agressif, prédateur, de nombre de ces jeunes musulmans heureux et épanouis. Un jeune sur cinq dans la vallée – essentiellement des garçons non musulmans – avait fait l’objet de violence ou de menace de violence. Les filles musulmanes étaient moins sujettes à cette violence, du moins à l’extérieur de leur foyer – sans doute, comme le suggérait Hjerpset-Østlie, parce qu’elles avaient moins d’occasion d’y être exposées, étant donné que leur accès au monde extérieur était étroitement contrôlé et supervisé par leurs familles, en accord avec le code de l’honneur musulman.

Le 11 mars 2017, à la surprise de nombreux téléspectateurs, le journal du soir sur la chaine gouvernementale NRK diffusa un reportage honnête sur l’augmentation énorme de la criminalité dans l’est d’Oslo, avec l’accent mis tout particulièrement sur Groruddalen – où, comme le racontait le journaliste Anders Magnus, environ 50% de la population avait désormais des origines immigrées non occidentales. Des jeunes de douze ans vendaient de la drogue ; des adolescents de quinze ans portaient des pistolets, des couteaux et des battes de base-ball ; des bandes de jeunes musulmans agressaient les adultes en pleine rue ; et les parents musulmans, à quelques exceptions près, se montraient totalement indifférents aux activités criminelles de leurs fils. Pendant ce temps, conformément à une vieille tradition norvégienne, les policiers continuaient à patrouiller sans armes. Magnus interviewait un entraineur de hockey qui expliquait que certains joueurs de son équipe étaient partis parce qu’ils avaient peur de se faire agresser en se rendant à l’entrainement. Un jeune homme du coin expliquait que, dans la vallée, les musulmans avaient formé une « société parallèle », dans laquelle les jeunes n’avaient simplement plus peur de la police. Fidèle à lui-même, le journal Aftenposten publia une réplique rageuse au reportage d’Anders Magnus : Øystein E. Søreide et Mobashar Banaras, deux hommes politiques locaux, accusèrent NRK de « stigmatiser » les gens de la vallée et d’accroitre les divisions entre « eux » et « nous ».

Et puis, en mai, des douzaines d’adolescents musulmans se livrèrent à des exactions pendant trois nuits consécutives à Vestli, à l’extrémité Est de Groruddalen, lançant des pierres, allumant des incendies, attaquant les passants au couteau. Seuls trois des voyous furent arrêtés, et rapidement relâchés. Il devenait de plus en en plus difficile de nier la réalité au sujet de Groruddalen – et cependant, comme l’écrivait Rita Karlsen, du HRS, même maintenant les grands médias et les porte-paroles de la police continuaient à étouffer les affaires et à nier farouchement qu’une situation « à la suédoise » se soit créé dans la vallée – à savoir une criminalité incontrôlable et l’abandon de l’autorité publique aux leaders de la communauté musulmane. Mais le HRS avait ses propres sources dans la police, et celles-ci reconnaissaient la gravité de la situation. En très grand nombre, les jeunes musulmans menaçaient les enseignants, les agents de sécurité, les commerçants, les policiers, les pompiers, les ambulanciers, et d’autres encore. De plus en plus d’incendies criminels étaient allumés, comme dans les banlieues de Stockholm et de Paris.

Les efforts de la police pour reprendre le contrôle de Groruddalen ces dernières années ont été un échec. L’un des problèmes est la difficulté d’obtenir pour la police la permission de porter des armes – un changement de pratique auquel s’opposent vigoureusement les politiciens et les journalistes norvégiens. Une autre difficulté est l’incapacité des responsables de la police à admettre la réalité de la situation dans la vallée (Ils n’ont certainement pas été heureux d’entendre un policier travaillant à Stovner admettre, dans une interview radiophonique, que les policiers évitaient certaines parties de Groruddalen, par peur et parce qu’ils avaient le sentiment qu’il était « impensable » pour eux de pénétrer là-bas.) Mais le problème fondamental demeure l’approche scandinave traditionnelle du crime : rechercher des causes profondes, traiter les délinquants comme des victimes de la société, et considérer que la compassion est un remède à la criminalité. Cette approche fonctionne peut-être avec quelques Norvégiens de souche qui se sont écartés du droit chemin, mais elle ne produit aucun résultat avec leurs homologues musulmans, dont le conditionnement culturel les conduit à considérer ce genre de traitement bénin comme une preuve de faiblesse – et à l’exploiter.

Août marqua le début d’une nouvelle année scolaire. Le 28 septembre, VG, un journal norvégien, rapporta que depuis le début de celle-ci, il s’était produit tellement d’incidents violents au lycée de Stovner – dont l’un à coups de hache et de barre à mine – que le principal, Terje Wold, déclarait ne plus pouvoir garantir la sécurité des enseignants et des élèves. En réponse le ministre de l’éducation, Henrik Asehim, convoqua une réunion d’urgence ; des agents de police furent bientôt postés journellement devant l’établissement. VG remarquait que Stovner était loin d’être un cas isolé : la violence avait augmenté également dans les autres établissements scolaires de Groruddalen depuis quelques années, provoquant l’apparition de ce que les Norvégiens appellent « ukultur », littéralement une « in-culture », violente, anarchique et sauvage.

Et les choses continuent ainsi. Les musulmans continuent à se déverser dans Groruddalen, et les Norvégiens d’origine continuent à en partir. Le taux de fécondité des musulmans écrase celui des Norvégiens de souche. Dans certaines classes, seuls un ou deux enfants savent parler le Norvégien. Les rapports sur le site du HRS et de Document.no (qui traite des questions relatives à l’islam avec une franchise que l’on trouve rarement dans les grands médias) montrent clairement que la violence augmente dans la vallée et s’intensifie, avec toujours plus d’affrontements entre gangs et de voitures brûlées comme à Paris. On a rapporté que des Norvégiens de souche avaient formé des sortes de milices pour patrouiller leur voisinage et le protéger. Si Groruddalen n’est pas encore une zone interdite, du type de Rinkeby ou Rosengard, elle s’en rapproche bigrement. D’ici peu il sera possible de la décrire sans exagération comme une principauté islamique à l’intérieur d’une république laïque. Et cependant, les journalistes et les hommes politiques continuent à décrire Groruddalen comme un paradis d’intégration et d’enrichissement multiculturel.

En août 2017, Hege Storhaug, du HRS, remarqua une affiche publicitaire pour une nouvelle librairie à Stovner. Elle montrait trois jeunes filles à la peau noire, dont deux portant un hijab, lisant gaiement ensemble. « Le futur est là », commenta Storhaug. Thorbjørn Berntsen l’avait vu arriver 16 ans plus tôt. D’autres l’avaient vu aussi, mais la plupart n’avaient rien dit. Et même maintenant, alors que Groruddalen s’enfonce dans l’anarchie et l’islamisation complète, peu nombreux sont ceux qui osent parler. Pendant ce temps, au-delà des collines et des montagnes qui entourent Groruddalen, l’ombre qui est descendue sur la vallée obscurcit peu à peu le reste de la Norvège.



dimanche 10 décembre 2017

A la recherche de l'humanité - darwinisme, neurosciences et nature humaine


Dans le Phédon, Socrate, à la veille de sa mort, explique à plusieurs de ses disciples comment, dans sa jeunesse, il avait conçu une passion extraordinaire pour la science de la nature. « Merveilleuse science, me semblait-il, que de connaître les causes de chaque chose, de savoir pourquoi chacune vient à l’existence, pourquoi elle périt, pourquoi elle existe. » Mais, ajoute-il, ses espérances furent déçues. Plus il avançait dans ses recherches et plus il lui semblait que son ignorance grandissait. Pire, les choses qu’il croyait auparavant comprendre clairement étaient rendues obscures par cette science physique qu’il convoitait avec avidité. Il fut tout particulièrement déçu par un livre d’Anaxagore qui prétendait expliquer l’ordre des choses grâce à « l’éther, à l’air, à l’eau » et à d’autres causes du même genre. Ayant conclu que les explications matérialistes de ce type étaient manifestement inadéquates, et notamment pour comprendre l’homme, il décida alors de se tourner vers les « opinions » pour comprendre le monde humain.

Deux mille ans après Socrate, Descartes, reprenant en quelque sorte le flambeau d’Anaxagore, affirmait que la science physique qu’il avait mise au point lui avait permis de faire quantité de découvertes merveilleuses. « J'ose dire », écrit-il dans la cinquième partie du Discours de la méthode, « que, non seulement j'ai trouvé moyen de me satisfaire en peu de temps, touchant toutes les principales difficultés dont on a coutume de traiter en la Philosophie, mais aussi que j'ai remarqué certaines lois, que Dieu a tellement établies en la nature, et dont il a imprimé de telles notions en nos âmes, qu'après y avoir fait assez de réflexion, nous ne saurions douter qu'elles ne soient exactement observées, en tout ce qui est ou qui se fait dans le monde. » S’étant toutefois abstenu de porter à la connaissance du public son traité de physique pour, nous laisse-t-il entendre, ne pas avoir à subir le même sort que Galilée, Descartes laisse entrevoir ce que contenait cet ouvrage non publié. Il explique comment il lui a été possible de déduire toutes les choses qui composent notre monde à partir des seules propriétés de la matière en mouvement. Toutefois, il concède que les animaux, et plus particulièrement les hommes, lui posent des difficultés particulières, en sorte qu’il n’a « pas encore assez de connaissance pour en parler du même style que du reste, c'est-à-dire en démontrant les effets par les causes, et faisant voir de quelles semences, et en quelle façon, la nature les doit produire ». Une ignorance qu’il semble considérer comme provisoire. Mais nulle part dans ses écrits, publiés ou non publiés, nous ne trouvons cette partie manquante de sa physique.

Quatre cents ans après Descartes, et deux mille quatre cents ans après Socrate, nous en sommes toujours au même point. Notre science physique, issue des principes de Descartes, bien qu’ayant permis des découvertes remarquables et ayant produit des fruits technologiques prodigieux, ne semble toujours pas en mesure de fournir une compréhension adéquate des êtres vivants, et particulièrement de l’être humain.

Toutefois, le prestige de la science moderne de la nature est tel que nous sommes presque irrésistiblement portés à croire, comme Descartes en son temps, que cet échec ne peut être que provisoire, et nous continuons à tourner obstinément nos regards du côté des dernières découvertes, ou des dernières théories, de cette science pour y trouver une compréhension de ce que nous sommes. Mais, la science naturelle moderne étant, par construction, réductionniste, chercher une explication scientifique du phénomène humain signifiera donc inévitablement, tout d’abord, faire de l’homme un animal comme les autres, puis ensuite conduira à expliquer les comportements et les caractéristiques de tous les êtres vivants par les propriétés de la matière inanimée.

L’histoire se répète, génération après génération, au fur et à mesure que de nouvelles théories surgissent, puis sont réfutées ou abandonnées, et remplacées par d’autres.

Actuellement, les tentatives les plus populaires pour tenter d’expliquer l’être humain de manière purement scientifique sont dérivées des neurosciences et de la théorie de l’évolution.

La première postule que la meilleure manière de comprendre l’être humain est d’examiner le fonctionnement de son cerveau car, en définitive, ce que l’on appelait autrefois l’âme, ou l’esprit humain, n’est rien d’autre que le cerveau en activité. La conscience, dans toutes ses manifestations, est identique aux événements physico-chimiques qui se déroulent dans le cerveau.

La seconde affirme que la théorie de l’évolution inventée par Darwin permet d’expliquer non seulement l’origine de l’homme, mais aussi ce qu’il est aujourd’hui. Tous les comportements humains, du plus humble au plus élevé, du plus simple au plus complexe, doivent pouvoir s’expliquer en termes de sélection naturelle et de succès reproductif.

Ce sont ces deux théories que Raymond Tallis, lui-même un ancien médecin spécialisé dans les neurosciences, examine, et réfute, dans un livre intitulé « Aping mankind », jeu de mot intraduisible et profond dont la saveur restera réservée aux anglophones.

Tallis nomme la première théorie « neuromanie » et la seconde « darwinite », pour bien les distinguer des neurosciences et du darwinisme, et pour bien marquer leur nature de « maladies intellectuelles ».
Tallis considère les neurosciences et la théorie darwinienne comme de grands acquis de la science moderne, mais, à la différence de beaucoup de ses confrères, il a suffisamment de recul, d’intelligence et de bagage philosophique pour comprendre les limites de celles-ci, et plus largement pour comprendre pourquoi les explications matérialistes et réductionnistes sont structurellement incapables de rendre justice au phénomène humain.

La réfutation à laquelle Tallis se livre est détaillée, convaincante, complexe et, inévitablement, longue. Il ne saurait donc être question de la reproduire ni même de la résumer ici. Ceux qui sont vraiment intéressés par ces sujets devront faire l’effort de se plonger dans ce gros livre écrit en petits caractères.

Mais il est du moins possible d’indiquer la direction dans laquelle il faut chercher pour se guérir de la neuromanie et de la darwinite, et plus généralement de toutes les maladies semblables, présentes et à venir.

Point n’est besoin, en effet, d’avoir fait de longues études scientifiques ou de se livrer à de savantes recherches pour montrer la fausseté de ces théories, même si cela peut aider à convaincre les plus sceptiques. La clef réside presque toujours dans une description correcte, exhaustive et impartiale, du phénomène que l’on prétend expliquer.

Toutes ces théories qui se veulent scientifiques prospèrent en effet toujours sur le flou, l’imprécision, la grossièreté du trait. L’imprécision du vocabulaire employé, le flou des concepts faussement rigoureux, et la grossièreté du trait dans l’analyse des comportements humains.

Pour pouvoir, par exemple, affirmer que la mémoire doit une « trace » physique au sein du cerveau d’un événement passé, de la même manière qu’une trace de pas dans la neige ou l’empreinte d’un cachet dans la cire (métaphore déjà utilisée, et réfutée, dans le Théétète), il faut commencer par ne pas analyser minutieusement ce qu’est une trace et par n’avoir qu’une vue extrêmement étroite des phénomènes mémoriels. Seuls ces raccourcis et cette stylisation extrême de la réalité peuvent rendre plausible une telle « explication ». De la même manière, pour pouvoir affirmer que l’homme n’est rien d’autre qu’un grand singe, il faut impérativement regarder de très haut les comportements humains, en n’en conservant que les traits extérieurs les plus saillants, les plus visibles, mais nullement les plus importants ou les plus significatifs.

Mais dès lors que l’on se rapproche, et que l’on examine en détails et sans préjugés ce qu’il s’agit d’expliquer, l’illusion se dissipe, et le caractère totalement inadéquat de ce genre d’explications apparaît en pleine lumière.

Cela ne signifie pas qu’il soit aisé de se défaire de ces illusions, car ce qui nous est le plus familier est aussi ce que nous avons le plus de mal à décrire avec exhaustivité et précision, précisément à cause de ce caractère apparemment « évident ». Il faut un effort soutenu pour rendre justice à un phénomène aussi familier pour nous que celui du souvenir, ou bien à des activités quotidiennes, comme se nourrir, ou satisfaire à nos besoins naturels ; activités qui semblent le plus nous rapprocher des animaux, et dans lesquelles, pourtant, la différence humaine apparaît de manière irrécusable pour qui sait aiguiser son regard.

Voir ce que l’on voit est souvent ce qu’il y a de plus difficile, mais aussi de plus nécessaire.

Mais comme un petit croquis vaut mieux qu’un long discours, j’arrête là les considérations générales, et je vous invite à lire le court texte qui suit. Dans celui-ci Raymond Tallis se penche sur cette activité aussi humble que vitale : uriner. Quoi de plus simple, de moins noble, et, apparemment, de moins spécifiquement humain que cet acte quotidien ? Et pourtant, même lorsqu’il s’agit simplement pour nous de vider notre vessie, nous restons, sans nous en rendre compte, des animaux pas comme les autres. Des êtres humains, et non pas des singes bipèdes.

Et si ce texte vous a intéressé, passez ensuite à Aping mankind. Vous ne le regretterez pas.




Une introduction à la philosophie incontinentale


Par Raymond Tallis 


Avant d’exposer cette nouvelle branche de la philosophie au monde ébahi, je dois préciser que j’ai un intérêt dans l’affaire. Plus précisément, trois intérêts. Tout d’abord un intérêt personnel. Lorsque j’étais enfant j’ai souffert de ce que l’on appelait du nom latin impressionnant d’« énurésie nocturne » -  c’est-à-dire le pipi au lit. Près d’un demi-siècle plus tard, me réveiller au sec me semble toujours être un miracle, pour lequel je suis reconnaissant. Mon second intérêt est professionnel. Pendant des années j’ai dirigé une clinique pour incontinents, destinée à des gens dont les problèmes rendaient non seulement leurs nuits humides mais aussi leurs journées malheureuses. Troisièmement, j’ai publié un roman, présenté comme « une comédie métaphysique », Absence (roman dont j’aimerais augmenter les ventes), qui a pour héroïne une conseillère en matière d’incontinence.

Il pourrait sembler pervers de rechercher l’illumination philosophique dans une matière aussi peu engageante que de l’urine qui finit au mauvais endroit. Un peu de mise en perspective s’impose. Je m’intéresse de longue date à la très grande distance qui sépare l’homme du règne animal – une distance que certains auteurs voudraient nier, ou du moins minimiser. C’est pourquoi certaines variétés de biologisme, telle que la « psychologie évolutionniste », ont attiré mon regard menaçant. Je suis plutôt de l’avis de V.S Ramachandran qui, dans The tell-tale brain : a neuroscientist quest for what makes us human (2011) affirme que : « sur cette grande scène darwinienne que nous nommons la Terre... nous sommes le bouleversement le plus important qui se soit produit depuis l’apparition de la vie » et que « l’homme transcende le singe au même degré que la vie transcende la chimie et la physique commune. »

Nos différences avec les animaux ne se limitent pas à ces activités assez supérieures que sont, par exemple, le fait de composer des symphonies, se tracasser au sujet des nombres transfinis, ou bien plaider pour un changement du droit des sociétés. Les différences sont présentes en tout ce que nous faisons ; et ceci inclut l’humble effort consistant à essayer d’être et de demeurer continent. Tous les animaux ont des canaux d’évacuation, mais notre relation à nos canaux d’évacuation, de même qu’à nos corps en général et à ce qui y rentre et ce qui en sort, est unique. La miction et son contrôle sont aussi dignes qu’autre chose de retenir notre attention lorsque nous pensons à la manière dont nous transcendons le singe.

Commençons avec un peu d’urologie basique. La production des reins est collectée dans la vessie, qui doit être vidée de temps à autre. Cela peut se produire sous une forme réflexe : la paroi de la vessie se contracte automatiquement lorsqu’elle est trop distendue, et en même temps le sphincter au bas de la vessie se relâche, de sorte que l’urine descends dans la cuvette plutôt que de remonter vers les reins. Ce réflexe est sous le contrôle de centres dans la moelle épinière et la partie inférieure du tronc cérébral, de sorte que, par exemple, un animal n’urine pas lorsqu’il fuit un prédateur. Les réflexes du tronc cérébral sont à leur tour influencés, du moins chez les animaux « supérieurs » tels que nous, par des neurones dans le cortex cérébral. Uriner ou ne pas uriner est sous notre contrôle.
Les réflexes dans les centres cérébraux qui contrôlent la vidange de la vessie pleine sont appelés « réflexes à boucle longue », parce qu’ils impliquent des circuits nerveux qui relient la moelle épinière aux plus hautes sphères du système nerveux. Chez nous, êtres humains, la boucle devient de plus en plus longue, de moins en moins réflexe, et de plus en plus délibérée : les étapes intervenant entre l’impulsion nerveuse ascendante signalant que la vessie est pleine, et l’impulsion descendante donnant à la vessie la permission de se relâcher deviennent progressivement plus nombreuses et élaborées au fur et à mesure qu’elles débordent les circuits nerveux de la moelle épinière, du tronc cérébral et des hémisphères cérébraux.

Il est possible, bien sûr, d’apprendre aux chiens à uriner au bon endroit et au bon moment en leur donnant des ordres – un processus qui sollicite le contrôle neural canin à de nombreux niveaux. Mais pour nous les mécanismes biologiques ne sont pas la fin de l’histoire. La piste s’arrête (ou s’assèche) dans le cortex frontal. Nous sommes les seules créatures vivantes qui urinent après avoir consulté une horloge – dont les habitudes de miction sont déterminées par un sens du temps et du lieu approprié pour uriner et par une évaluation des besoins futurs de le faire. Par exemple, je prenais soin d’aller aux toilettes avant de faire mes conférences sur l’incontinence parce que je savais que je n’aurais pas l’opportunité de le faire avant un bout de temps.

Une précaution de ce genre est un phénomène intéressant pour examiner l’intersection entre les mécanismes biologiques involontaires et l’activité volontaire. Elle illustre l’une des grandes caractéristiques de notre vie : que nous subordonnons les mécanismes corporels à des finalités non mécaniques, hors normes même ; nous élaborons des actions conscientes et délibérées à partir d’actes biologiques qui n’ont pas lieu mais dont nous escomptons qu’ils se produiront par eux-mêmes. « Pisser un petit coup juste au cas où », en réponse non pas à un stimulus mais à une opportunité de faire de la place dans sa vessie est épistémologiquement très sophistiqué, cela implique de multiples niveaux de conscience de ce champ infini de possibilités qu’est le monde. C’est digne d’une discipline philosophique distincte : la pissetémologie, peut-être.

Considérez cet exemple tout à fait commun. Vous conduisez sur une autoroute et vous remarquez qu’il y a des stations-service avec des toilettes publiques à deux kilomètres et à trente kilomètres de là. Vous ne voulez pas vous arrêter à la première station parce que vous écoutez quelque chose d’intéressant à la radio. Vous calculez que vous pouvez « tenir », selon l’expression consacrée, jusqu’à la station suivante. Cette croyance présuppose une conscience corporelle de soi qui vous permet de transformer les sensations que vous éprouvez maintenant en une estimation du moment où vous n’en pourrez plus, et de connecter cela avec votre estimation du temps qu’il vous faudra pour rouler trente kilomètres, estimation elle-même basée sur votre expérience en la matière, sur votre évaluation de la route, et ainsi de suite. Cela dépend non seulement d’une relation unique à votre propre corps comme un objet de connaissance, mais aussi de la perception, propre à l’être humain, de l’enchaînement d’événements distincts situés dans un temps quantifié ; du sens d’un futur délibérément construit, rempli de possibilités, d’événements et de conséquences.

Voilà pour ce qui concerne l’élément privé de cette activité privée par excellence. Mais il y a une intersection entre ceci et le domaine public, qu’exprime la notion de « toilettes publiques ». En effet, pour les millions de citoyens britanniques qui ont des problèmes de vessie, le domaine qui s’étend au-delà de leur porte d’entrée ressemble parfois à une carte des oasis de commodité dans un monde essentiellement incommode. Cet espace est distinctement non-euclidien. S’assurer que le contenu de votre vessie va être déversé au bon endroit, dans quelques mètres carrés au milieu du kilomètre carré que vous avez peut-être traversé mobilise un réseau impressionnant de suites de raisonnements pratiques, incorporés dans la boucle qui va du signal que la vessie est pleine à l’acte de miction. La seule trajectoire physique – garer la voiture, vérifier que l’on a la monnaie nécessaire dans son portefeuille (ou alors acheter quelque chose pour obtenir les pièces requises), suivre les panneaux jusqu’aux toilettes, etc. – est prodigieusement tortueuse et personne ne pourrait la suivre si les mouvements qui la composent n’étaient pas éclairés du début à la fin par une intention délibérée visant un but clairement défini. Cela illustre le caractère essentiel des actions libres.

Les affaires urinaires touchent également directement à la notion d’intimité et aux strates qui séparent notre être singulier de l’être collectif de la foule à laquelle nous appartenons involontairement – le « je » du « nous ». Même l’urinoir public le mieux tenu ne peut éviter d’être une sorte d’agression contre notre estime de nous-mêmes. Je ne peux pas parler de la vie de ces dames, mais chez les messieurs la nécessité de prendre place au milieu d’un rang d’urinoir, comme une poule de batterie (ou comme un mâle de la même espèce) réduit temporairement votre humanité à l’animalité – « le pauvre animal nu et fourchu » dont parle le Roi Lear – l’histoire de votre vie semble s’écarter, tel un rideau de fumée qui se dissipe, et son fondement biologique apparait en pleine lumière.

Mais tout sentiment de honte métaphysique est annulé par le soulagement provenant du fait d’éviter une honte plus profonde et plus personnelle. Comme me l’a dit une fois un collègue urologue : « l’incontinence urinaire n’est sans doute pas mortelle, mais elle peut signifier la mort sociale. » Se trouver « pris de court » déclenche un sens primordial de la honte : l’humidité initiale et la puanteur qui s’ensuit deviennent des preuves, annoncées à grand renforts de trompe au monde entier, que l’on a échoué à contenir certains liquides corporels qui acquièrent tellement d’importance dès lors qu’ils font irruption hors du domaine privé, auxquels ils appartiennent, dans les espaces publics et sous le regard de ce collectif d’étrangers que l’on appelle « le public ». Même uriner au bon moment est vue, en quelque manière, comme une interruption du cours normal des évènements. Ce n’est pas seulement quelque chose pour lequel nous avons besoin d’être excusé ; cela s’appelle « être excusé ». (Bien entendu, étant des êtres humains, nous pouvons tourner ceci à notre avantage et utiliser le besoin d’uriner comme une excuse pour quitter la pièce afin de vérifier nos messages, ou bien pour comploter avec une tierce personne, ou bien pour éviter de payer l’addition).

L’incontinence humilie car elle nous rappelle l’impuissance de nos commencements, mais aussi de notre fin, lorsque, revêtus de couches pour adultes, nous regardons en arrière vers les années sèches entre ces deux extrémités de notre vie. C’est pour cela, bien sûr, que l’urine qui aboutit au mauvais endroit est le thème de tellement de plaisanteries, bon enfant ou moins bon enfant. Nous pouvons nous vanter de boire à se pisser dessus (« getting pissed ») (c’est-à-dire d’être saoul) afin de montrer à quel point nous sommes incontrôlables, audacieux, hors-normes, mais nous ne nous vantons pas d’avoir eu « un accident ». Le rire marque la différence entre ce que sont les choses et ce qu’elles devraient être, et peut être provoqué par le genre d’erreur de classement que le fait de mouiller son pantalon à l’âge adulte semble incarner. Le rire lui-même n’est pas sans des dangers qui lui sont propres, et il est approprié que ceux qui se moquent de l’incontinence puissent finir par se faire dessus à force de rire.

Tous les animaux excrètent – cela est nécessaire au maintien de l’homéostasie – mais seuls les êtres humains mettent autant de soin à conserver à cette activité son caractère privé. Le verrou sur la porte des toilettes est tout autant un monument élevé à la différence qui sépare la conscience humaine de la conscience non humaine que les symphonies de Mozart. Les stratégies que nous pouvons utiliser pour rendre notre jet d’urine plus bruyant, en guise d’avertissement, lorsque nous entendons quelqu’un s’approcher des toilettes, est un exemple réellement remarquable de la manière dont nous transformons un acte biologique en une signification intentionnelle. Comme l’a dit le grand philosophe C.S Pierce, n’importe quoi peut devenir un signe, du moment que quelqu’un l’utilise ou l’interprète comme un signe.


Les lecteurs qui espéraient une connexion entre la philosophie Incontinentale et la philosophie continentale n’ont pas besoin d’aller plus loin que l’œuvre de Jacques Lacan. Ce structuraliste français (et le psy venu de l’enfer) a prononcé bien des paroles obscures et absurdes, mais il était sur la piste de quelque chose d’intéressant lorsqu’il a fait observer que « notre vie publique est sujette aux lois de la ségrégation urinaire » - il voyait dans l’existence de toilettes séparées pour les hommes et les femmes un symbole de la manière dont nous créons du sens – et même de l’identité - par l’opposition. A tout le moins la philosophie incontinentale suggère que et les « fuites » urinaires, et les institutions que nous avons construit autour d’elles, pourraient être encore plus révélatrices que les fuites de Wiki-Leaks [jeu de mots intraduisible sur willy (zizi) et wiki].